La genèse de ces visages aux yeux clos est l’histoire d’un refus. Le refus d’être vu. C’est l’histoire d’une absence.
Anne ne veut pas être vue. Lorsqu’on la photographie, elle ferme les yeux. Nos photos de famille sont pleines de ces images aux yeux fermés.
Elle sont étranges. Fermer les yeux lors d’une prise de vue n’est pas chose aisée, il s’agit d’un fragment de seconde.
Il faut cligner des yeux au bon moment…
Elle pense : je ne veux pas être sur cette photo, mon corps oui, mais pas moi, je joue le jeu et me refuse.
C’est d’une de ces images qu’a débuté un travail qui m’a occupé plus de dix ans.
La peau, la carnation, sont les moyens que j’ai utilisés pour représenter le visage.
L’œil n’a rien à y voir, l’œil est un viscère proche dans sa texture des organes comme le foie ou le cœur, il demande d’être traité à part peut-être dans un autre travail...en même temps que les organes internes.
C’est du refus de voir dont je me suis préoccupé.